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Le harcèlement au travail : le reconnaître, le combattre

bureau worplace

Le travail a une grande importance dans notre vie. Au-delà de gagner son pain, il s’agit aussi de se réaliser, de s’épanouir, d’être reconnu.e. Mais que faire quand travailler devient un calvaire ? Entre les bullshit jobs, le manque de reconnaissance, la perte de sens, une mauvaise organisation, trop de tâches à effectuer, un environnement désagréable, des collègues antipathiques… Beaucoup de facteurs peuvent nous amener à nous sentir mal au travail. Comment savoir si ce qu’on vit relève du harcèlement au travail, c’est-à-dire de comportements punissables par la loi ? Et dans ce cas, que faire ?

Dans cet article, nous passerons en revue les deux principaux types de harcèlement auxquels on peut être confronté.e, d’autant plus si on est une personne sexisée : le harcèlement moral et le harcèlement sexuel.

Comment reconnaître le harcèlement moral au travail ?

Vous vous êtes déjà senti.e mal au travail, au point que vous en perdiez l’appétit, le sommeil, voire même la joie de vivre ? Vous avez peut-être subi du harcèlement moral.

D’après la psychiatre Marie-France Hirigoyen, “le harcèlement moral au travail se définit comme toute conduite abusive (geste, parole, comportement, attitude…) qui porte atteinte par sa répétition ou sa systématisation, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’un.e salarié.e, mettant en péril son emploi, ou dégradant le climat de travail”. Le harcèlement peut être vertical descendant (c’est-à-dire suivant la ligne hiérarchique, ce qui arrive le plus souvent), horizontal (on est harcelé.e par un.e ou des collègues du même niveau) ou vertical ascendant (quand des salarié.e.s s’allient contre un.e responsable hiérarchique, ce qui est plus rare). 

Les conduites abusives peuvent recouvrir un excès ou au contraire une absence de tâches, des tâches dévalorisantes, l’isolement et la mise au placard, des consignes contradictoires, des critiques injustifiées et répétées sur le travail, des pressions disciplinaires, des agressions verbales… Le harcèlement est souvent insidieux. Comme pour toute forme de violence psychologique, les premiers agissements sont subtils et infusent le doute chez la personne ciblée. Il lui devient alors de plus en plus difficile de se défendre. 

Le harcèlement moral est un enjeu féministe, pour plusieurs raisons. Même si les études ne sont pas toutes d’accord là-dessus, la plupart indiquent que les femmes en seraient davantage victimes que les hommes. Cela tient au fait qu’elles sont plus susceptibles d’occuper une position subalterne, d’une part, et donc d’être dans des relations de pouvoir inégalitaires. On peut ajouter à cela la dépendance économique : compliqué de dénoncer des comportements inappropriés au travail si l’on dépend fortement de celui-ci pour vivre, ou parce qu’on est mère célibataire par exemple. Enfin, l’éducation joue un rôle. On apprend aux femmes à être “trop gentilles, trop compréhensives et tolérantes”, comme le dit Marie-France Hirigoyen ; or les harceleur.euse.s en profitent. 

Ce bon vieux syndrôme de l’imposteur, ou d’imposture – tant il touche plus souvent les femmes – qui inculque le doute permanent, le sentiment de ne pas être à la hauteur, est aussi un terrain fertile pour le harcèlement. Connaissiez-vous le “syndrome de la bonne élève” ? Il consiste à vouloir tout faire parfaitement pour satisfaire sa hiérarchie, sur le même modèle qu’à l’école. On a du mal à dire non, on rogne sur son temps de pause pour travailler plus, on n’ose pas se mettre en avant, et on attend que la reconnaissance pour son travail aille de soi. Dans une situation de harcèlement, les “bonnes élèves” tiennent plus longtemps, elles augmentent leurs efforts, alors que les harceleur.euse.s en demandent toujours plus, sans fin. Pour cette raison, l’avocate Elise Fabing, spécialiste en droit du travail, recommande de s’en défaire pour se préserver.

Le harcèlement sexuel au travail

Le harcèlement sexuel est très proche du harcèlement moral, en ce qu’il porte atteinte à la dignité des personnes. En droit, il est défini comme « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou des comportements à connotation sexuelle ou sexiste, qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. C’est aussi le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers ». 

Il recouvre par exemple l’envoi de messages insistants, des contacts physiques indésirés, des regards gênants, des gestes et bruits obscènes. Il se distingue de la séduction – évidemment – car le consentement n’est pas pris en compte. Il ne s’agit pas de séduire, mais d’asseoir un pouvoir, une domination. Votre manager.euse vous envoie des messages à longueur de temps, commentant votre physique ou vous proposant des actes de nature sexuelle ? Vous lui avez fait part de votre refus, ou fait comprendre que vous n’êtes pas intéressé.e, mais ça continue ? Votre équipe vous impose la vue d’images pornographiques sur votre lieu de travail ? Vos collègues vous font constamment des “blagues” à connotation sexuelle ? Ces agissements peuvent tomber sous le coup de la loi.

Les premiers procès pour harcèlement sexuel ont lieu dans les années 1970 aux Etats-Unis, en même temps qu’éclot la “deuxième vague” féministe. En France, les premier textes de loi qui le reconnaissent datent de 1992. L’évolution est lente ; l’étude « Violences sexistes et sexuelles au travail en Europe » en 2019 indique que 60% des femmes ont été victimes d’une forme de sexisme ou de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle, dont 21% au cours des 12 derniers mois, et les poursuites sont rares. Cette violence fait obstacle à l’intégration des femmes sur le marché du travail, notamment dans des secteurs à dominante masculine. C’est donc un enjeu d’égalité.

Harcèlement moral et sexuel, que faire ?

Notre premier conseil est : PARLER. À vos ami.e.s, votre famille, un.e collègue, un.e prof si vous êtes stagiaire ou apprenti.e… À vous de choisir ! Briser le silence est la première étape pour diminuer l’impact du harcèlement sur votre état physique et mental. Cela vous aidera à prendre du recul sur la situation, à trouver des solutions et traverser cette période complexe en étant accompagné.e. Si vous vous sentez mal, physiquement et/ou psychologiquement, consulter un.e médecin vous permettra d’être arrêté.e le temps nécessaire. Préserver votre santé est le plus important. 

Dans le but de dénoncer le harcèlement subi, il vous faut accumuler des preuves. N’hésitez pas à prendre des photos si la situation s’y prête, mais également à noter le harcèlement moral dont vous êtes victime. Date, heure, lieu, phrase dite, personnes présentes, soyez le/la plus précis.e possible dans vos notes. Les preuves écrites sont celles qui ont le plus de poids : mails et messages (SMS, chat d’entreprise etc…) sont à sauvegarder sur une clé USB personnelle par exemple. L’avocate Elise Fabing conseille aussi de susciter l’écrit : ainsi, suite à une réunion désagréable, envoyer un message à un.e collègue (par exemple, “tu as vu comment iel m’a parlé ?!”) et sauvegarder sa réponse permettra d’attester que ces propos ont bien été tenus. 

Preuves en main et afin que des mesures soient prises contre le/la harceleur.euse, il est indispensable d’alerter votre hiérarchie. Manager.euse, directeur.ice, service RH, délégué.e.s du personnel… Selon l’organisation de votre entreprise, vous avez le choix de l’interlocuteurice auquel.le vous adresser. 

Lors de cet entretien avec votre hiérarchie, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un.e représentant.e du personnel ou même un.e membre d’une association (comme DBSP). Cela vous aidera à passer le pas, souvent compliqué, de cette discussion mais aussi vous assurera d’avoir un.e témoin neutre pour garantir la traçabilité des échanges. Réalisez un compte-rendu par mail de ce rendez-vous afin d’avoir, toujours, une trace écrite pour compléter votre dossier. Cela vous permettra également de vous prémunir d’un licenciement abusif : votre employeur.euse ne peut pas vous licencier si vous pouvez attester que vous êtes victime de harcèlement moral ou sexuel. C’est bon à savoir !

Note : L’employeur.euse est tenu.e par la loi d’effectuer une enquête interne pour tout dépôt de plainte pour harcèlement. Celle-ci peut être déposée auprès de l’employeur.euse par la victime ou tout.e représentant.e du personnel.

Selon la culture de votre entreprise et la situation, une médiation pourra être organisée. Il est primordial que vous gardiez des documents écrits de toutes les étapes, échanges entre vous et votre employeur.euse, entre vous et votre harceleur.euse. La plupart des conflits se résolvent à l’amiable, en fonction de vos conditions et de votre situation. Si vous souhaitez quitter l’entreprise, vous aurez ainsi la possibilité de négocier votre départ, c’est-à-dire recevoir une somme d’argent conséquente qui vous aidera à rebondir. Si vous voulez rester, vous pouvez demander à être réaffecté.e sur un autre poste. 

Si les réponses et solutions apportées par votre employeur.euse ne vous satisfont pas, vous pouvez vous tourner vers la justice. Pour cela, plus votre dossier sera documenté, plus son traitement devrait en être facilité. Il faut savoir que les délais sont longs, mais qu’heureusement, avec un dossier solide, l’issue peut vous être favorable !

Alors, faites changer la peur de camp et pour cela, n’oubliez pas que vous n’êtes pas seul.e !

Bibliographie

  • ADAM Patrice, Harcèlements moral et sexuel en droit du travail, Dalloz, 2020
  • FABING Elise, Manuel contre le harcèlement au travail, Hachette Pratique, 2021
  • HIRIGOYEN Marie-France, Le harcèlement moral au travail, Presses Universitaires de France, 2017

Pour aller plus loin sur le harcèlement au travail …  

Manuel contre le harcèlement au travail, Elise Fabing, 2021 couverture livre elisa fabing harcèlement travail

L’avocate Elise Fabing, spécialiste du droit du travail et militante pour l’accès aux droits, nous livre ici ses conseils au sujet du harcèlement au travail. Comment le reconnaître ? Que faire ? Quel est le cadre légal? L’ouvrage est clair, dynamique, concret, avec des témoignages, des modèles de courriers et tous les recours légaux pour contre-attaquer. Un indispensable à lire d’urgence, car comme le dit l’autrice, “le savoir, c’est le pouvoir !”.

Le harcèlement au travail, DBSP Emanouela Todorova, septembre 2021 podcast dbsp harcelement travail

Dans cet épisode du podcast de DBSP, Emanouela Todorova définit les différentes formes que peut prendre le harcèlement au travail, comment le reconnaître et lutter contre les harceleur.euse.s. Pour discuter de ce thème, elle a choisi d’interviewer des personnalités qui luttent contre ce type de harcèlement. Vous pourrez y écouter les conseils de l’avocate Elise Fabing, le témoignage d’Anne Boistard sur le harcèlement dans le milieu publicitaire ou encore les solutions d’Ariel Weindling, créateur de l’application #Notme de lutte contre le harcèlement en milieu professionnel. L’épisode 2 du podcast est disponible ici

Un autre regard – Emma, 2017 couverture bd emma

Dans cette bande dessinée, l’autrice et blogueuse Emma illustre des situations issues de son vécu. Elle y présente une dizaine d’expériences, plus ou moins personnelles, comme le baby blues, le statut des réfugié.e.s ou encore le retour au travail après un congé maternité. Avec humour, elle illustre le sexisme ordinaire dont nous ou nos proches sommes toustes victimes. Cet ouvrage engagé nous offre « un autre regard » sur ces situations du quotidien. Autres ouvrages de la même autrice sur ces mêmes thèmes : Tome 2 et 3 d’Un autre regard.

Le sexisme au travail, fin de la loi du silence ? – Brigitte Grésy, 2017couverture livre brigitte grésy

Un essai sur le sexisme ordinaire au travail qui répertorie différents comportements et actes dont sont victimes les femmes dans le milieu professionnel. Aujourd’hui présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, l’autrice, Brigitte Grésy, présente dans cet ouvrage nombre de solutions juridiques et d’actions à mener pour lutter contre le harcèlement en entreprise.

 

 

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