DBSP STOP AU SEXISME EST UNE ASSOCIATION DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES DANS L’ESPACE PUBLIC

Interview de Laurent Cottin, président de l’association de lutte contre le harcèlement scolaire NHS 17

casiers harcèlement scolaire

(TW SUICIDE) Désormais reconnu comme un délit, le harcèlement scolaire continue de faire de nombreuses victimes chaque jour. Au-delà des institutions, des personnes comme Laurent Cottin, avec son association, continuent de s’engager dans la lutte contre le harcèlement scolaire.

N.B. : le dossier est toujours en cours d’instruction. 

Polina, son histoire, le harcèlement, son suicide 

Polina est née le 04 août 2000 à Riga (Lettonie), décédée le 05 mars 2018 à Saintes (Charente Maritime) par pendaison à la suite de harcèlement scolaire.

Adoptée par Laurent et Sophie à l’âge de trois ans, elle avait trois grands frères (deux du côté de Laurent nés d’une précédente union) et le dernier Kevin, lui aussi adopté en Lettonie.

Polina était une jeune femme gentille, aimée et aimante. Elle avait pour passion l’histoire, les antiquités, les vieilles voitures et les vieilles pierres. Elle parlait plusieurs langues et était à haut potentiel intellectuel. Polina était lesbienne et arborait un style dit « atypique ». Elle était très bien acceptée au sein de sa famille et de son entourage. 

Scolarisée dans un lycée professionnel de Charente Maritime, le harcèlement (ou “les problèmes”, comme dit son père) a commencé dès son arrivée dans cet établissement en septembre 2017.

Très proche de son père, c’est ce dernier qui a commencé à percevoir des signes de mal être. Polina est alors agressive, elle se plaint de maux de ventre, n’est pas dans son état habituel. Elle ne veut plus aller à l’école alors qu’elle adore sa formation. Ses parents étant en instance de divorce à ce moment-là, Laurent se demande si ce n’est pas à cause de cela que sa fille ne va pas bien. Une semaine sur deux elle va chez son père. Aucune de ses habitudes n’avait changé.  Elle  apprends à conduire, sort voir des ami.e.s.. Deux jours avant son suicide, Polina  fait la fête avec plusieurs d’entre elleux dans un bar à la Rochelle,  comme à chaque fois qu’iels se retrouvent ensemble. La veille, elle a même pensé à appeler sa grand-mère pour lui souhaiter bonne fête. 

Le lundi matin, elle se plaint une nouvelle fois de maux de ventre à son père. Il lui demande de faire l’effort d’aller en cours quand même. Vers 11h45 du matin, Sophie, la mère de Polina, appelle Laurent pour lui annoncer que Polina a disparu, qu’elle a quitté l’établissement scolaire. Pris de panique, Laurent appelle Polina qui lui répond (elle n’avait pas répondu aux appels des autres personnes). Elle dit à son père “Papa pourquoi je n’ai pas d’ami.e.s, pourquoi iels vont encore me battre?” Laurent demande à sa fille de retourner à l’établissement. Dans la foulée, il appelle la structure scolaire qui répond  qu’iels ont la situation en main. Polina est retrouvée quelques instants plus tard, pendue au sein même du lycée. 

Suite à ce terrible événement, les parents de Polina décident de porter plainte afin que toute la lumière soit faite sur cette histoire. Polina n’est pas la première personne à se suicider à cause du harcèlement scolaire et ne sera malheureusement pas la dernière. Un premier procès a eu lieu en mars 2022 car l’enquête a permis de trouver que Polina avait été assistée dans son suicide. L’instruction est toujours en cours. L’accusé qui a été condamné a fait appel à la décision de justice. Polina a été reconnue en tant que victime. Une première victoire pour la famille et les proches. 

Laurent : victime lui aussi de harcèlement, son “après-Polina”

Chez sa fille, Laurent a reconnu des stigmates de ce qu’il a vécu plus jeune, les stigmates du harcèlement scolaire. Car oui, Laurent en a aussi été victime. Vivant en banlieue parisienne, issu d’une famille ouvrière, Laurent était scolarisé dans une école privée. Lorsque la blouse était obligatoire, tout allait bien. Le jour où les élèves sont venu.e.s vêtu.e.s de leurs propres vêtements, Laurent fut la cible de moqueries et de plusieurs harceleureuses en raison de son style vestimentaire : il ne portait pas de vêtements de marque comme la plupart de ses camarades. À l’âge de 16 ans, une agression le mena même à être hospitalisé  plusieurs jours. 

Les grand-parents de Polina ont su à son décès que leur fils avait été victime de harcèlement scolaire. Un ami de Laurent est venu leur rendre visite ; c’est ce dernier qui a osé en parler pour la première fois, plus de 40 ans après les faits. Laurent a de suite ressenti un énorme soulagement, comme si on lui enlevait un poids qu’il portait depuis tant d’années. Ce harcèlement a hanté Laurent pendant une longue période de sa vie. Au niveau professionnel, il voulait toujours tout réussir, être le premier afin de n’avoir personne au-dessus de lui qui puisse le harceler. Sa façon de penser est “tant que je suis en haut, je peux protéger les autres en bas”. Aujourd’hui à la retraite, il était éducateur spécialisé auprès d’enfants et d’adultes en situation de handicap. 

Après le suicide de Polina, Laurent rentre dans un nouveau chemin de vie. Accompagné de Sophie, la maman de Polina, celui qui a toujours été là pour les autres mettra tout en oeuvre pour faire la lumière sur le suicide de leur fille. Au fil des jours, iels apprendront que le harcèlement scolaire n’est pas reconnu ni par l’Education Nationale ni par l’Etat. Que les victimes sont bien plus nombreuses que ce que l’on pense. Mais surtout que les peines dispensées par la justice ne sont pas à l’image des actes commis. Ils en seront eux mêmes témoins en mars 2022 lors d’un procès concernant le suicide de Polina. 

Création de NHS 17 (non au harcèlement scolaire) 

À la suite du suicide de Polina, Laurent crée l’association de lutte contre le harcèlement scolaire NHS 17 en octobre 2020. Avec ses bénévoles, il intervient gratuitement dans les établissements scolaires de Charente-Maritime (communauté d’agglomération rochelaise) afin de sensibiliser les élèves du CP jusqu’en CM2. Cette sensibilisation se fait par le biais d’une vidéo puis d’échanges avec les élèves. Des rencontres et des sorties sont aussi organisées afin de permettre aux victimes de retrouver de la confiance en elleux, une estime de soi.

L’association de lutte contre le harcèlement scolaire insiste aussi sur le fait de faire comprendre aux victimes qu’elles sont bien victimes. Qu’elles ne sont surtout pas coupables des situations de harcèlement rencontrées. 

Il faut savoir qu’actuellement, en France, il y a environ 700 000 élèves victimes de harcèlement scolaire. 

Laurent souhaite aider les victimes mais aussi apporter son soutien aux parents. Certains parents se sentent démuni.e.s ou n’arrivent pas à éclaircir la situation (est-ce réellement du harcèlement?). Beaucoup de parents le contactent, notamment via les réseaux sociaux, afin de pouvoir s’exprimer, dans un premier temps, et ensuite pour savoir comment faire face à cette situation qui met, dans les cas les plus extrêmes, la vie de leurs enfants en danger.

De plus en plus d’associations de lutte contre le harcèlement scolaire comme NHS17 voient le jour partout en France pour agir contre ce fléau, encore mal compris et certaines fois pas pris au sérieux. Signe d’une impulsion de la société civile qui a à cœur de faire changer les choses et luttera inlassablement, jusqu’à ce que le harcèlement scolaire ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Laurent et ses allié.e.s ne lâcheront rien.

Si vous êtes vous même victime de harcèlement il existe des numéros d’urgence. Rien ne justifie la violence. 

 

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