« Être un homme, quoi qu’il en coûte ? » – discussion avec Lucile Peytavin

Être un homme, quoi qu’il en coûte ?

Lucile Peytavin est historienne et autrice. Dans son premier essai, « Le coût de la virilité », elle calcule ce que coûtent les comportements virils des hommes à la société. On a échangé avec elle.

Pourquoi est-ce que tu as décidé de travailler sur la virilité ?

Les femmes se battent beaucoup et depuis longtemps pour avoir les mêmes droits et la même place que les hommes dans la société. Je me suis rendue compte que, du côté des hommes, il y a beaucoup de blocages vis-à-vis de ces combats. Souvent, le féminisme est un concept qu’ils rejettent parce qu’ils se sentent visés. Donc j’ai cherché à savoir d’où venaient ces blocages, et le thème de la virilité s’est imposé.

Cette idée de devoir être le plus fort et qu’il faut dominer son environnement et les personnes autour de soi, elle découle des valeurs viriles qu’on inculque aux garçons dès leur plus jeune âge. Aujourd’hui encore, ces valeurs définissent ce qu’est « être un homme » dans notre société. C’est pour ça que je suis persuadée qu’en déconstruisant la virilité, on déconstruit aussi les comportements de domination, agressifs et sexistes des hommes.

Dans ton livre, tu calcules ce que coûtent, chaque année, les comportements virils à la société. Comment est-ce que tu t’y es prise ?

Je suis allée fouiller dans les statistiques et les données officielles, et ce que j’ai constaté, c’est que l’immense majorité des responsables de délinquance, de criminalité et de comportements à risques sont des hommes.

Selon les chiffres des ministères de la Justice et de l’Intérieur, les hommes représentent aujourd’hui 80 % des personnes mises en cause par la justice et 90 % des personnes condamnées par la justice. La population carcérale française est quant à elle à 96 % masculine.

Par ailleurs, les hommes sont surreprésentés dans tous les types d’infractions, notamment les plus graves : ils sont 99 % des auteur.e.s de viols, 84 % des  auteur.e.s d’accidents mortels de la route, 86 % des  auteur.e.s d’homicides et 97 % des  auteur.e.s d’agressions sexuelles.

Tous ces comportements ont des conséquences et des répercussions financières. Il y a les frais de justice et de services de santé, mais aussi le coût humain : souffrances physiques et psychologiques, perte de productivité, destructions de biens… À partir des taux de responsabilité des hommes et des taux de responsabilité des femmes, j’ai additionné tous ces coûts et j’ai calculé ce que j’ai appelé « le coût de la virilité ». Ce coût de la virilité, c’est un surcoût qui correspond à ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme des femmes. Il s’élève à 95,2 milliards d’euros par an. C’est colossal, puisque c’est à peu près équivalent au déficit annuel du budget général de la France.

Face à ce constat, tu affirmes qu’il faut déconstruire l’éducation genrée que reçoivent les enfants afin de gommer les différences que notre société fait aujourd’hui entre hommes et femmes. 

Oui. Il faut déconstruire la notion de virilité. Il faut une éducation égalitaire, qui éradique cette notion du plus fort, cette violence qu’on trouve dans l’éducation des garçons. 

Les hommes ne sont pas violents, agressifs et dominants par nature. La science, que ce soit la neurobiologie ou même la paléo-histoire, montre qu’il n’y a rien de physiologique ou de biologique : c’est une construction culturelle. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut donc la déconstruire. 

Si on regarde du côté des sciences de l’éducation, on s’aperçoit que de nombreux mécanismes, conscients ou inconscients, participent à une acculturation des garçons à la virilité dès les premiers jours de leur vie. On a des contacts beaucoup plus toniques avec les garçons qu’avec les filles, donc on valorise leur force physique. On est aussi beaucoup plus permissifs avec les garçons, dans le sens où on sanctionne beaucoup moins leurs comportements perturbants. Tous ces mécanismes sont très bien identifiés par la sociologie et créent un terrain favorable à la violence.

En parallèle, on éduque les garçons au fait que le féminin est méprisable. Par exemple, lorsqu’ils sont petits, si on les compare aux filles, c’est pour leur dire qu’ils courent « comme des filles » ou pleurent « comme des filles ». Ce qu’ils apprennent, c’est que les filles, le féminin et les femmes ont moins de valeur. C’est ce qui crée du mépris et des comportements sexistes.

Cette éducation joue aussi un rôle dans le harcèlement que subissent les femmes, car ces dernières sont bien souvent considérées comme des objets sexuels, alors que la sexualité des hommes est extrêmement valorisée. Ça pose des problèmes en termes de harcèlement et de non-respect du consentement. C’est aussi lié à la notion de virilité.

Quel message veux-tu faire passer à travers cet essai ?

Ce que je veux, c’est qu’à travers l’argument financier – qui est un argument nouveau parce que c’est un travail qui n’avait jamais été fait auparavant – on prenne conscience des conséquences extrêmement néfastes, pour toutes et tous, des comportements des hommes qui découlent de cette notion de virilité.

J’espère qu’avec ce nouvel outil, on va ouvrir les yeux sur ces comportements systémiques et faire un gros travail sur l’éducation et les valeurs qu’on transmet aux garçons. 

Entretien d’embauche et discrimination

Quelles questions n’ont pas lieu d’être lors d’un entretien ? Pourquoi ces questions sont-elles tout de même posées ? Que prévoit la loi à ce sujet ? Comment réagir ? C’est ce que nous allons voir ci-dessous.

Entretien d'embauche et discrimination

À la recherche d’un poste, tu as décroché un entretien d’embauche. Tu y vas confiant.e en espérant décrocher le job. Tout se passe bien, jusqu’à ce que le.la recruteur.se te pose une question d’ordre privé, complètement inappropriée. Quelles questions n’ont pas lieu d’être lors d’un entretien ? Pourquoi ces questions sont-elles tout de même posées ? Que prévoit la loi à ce sujet ? Comment réagir ? C’est ce que nous allons voir ci-dessous.

Quelles sont les questions que le recruteur n’est pas en droit de te poser ?

Le.la recruteu.se est uniquement en son droit lorsqu’iel te pose des questions en rapport avec le poste à pourvoir : tes compétences ainsi que tes connaissances. Les questions sur ton sexe, ton identité de genre, ton orientation sexuelle, ta situation familiale sont totalement interdites car cela pourrait influencer sur sa prise de décision finale reposant sur des aspects non liés au poste. Ce qui en revient à de la discrimination. 

Tu trouveras tous les points que le.la recruteur.se n’a pas le droit d’invoquer lors d’un entretien dans l’article L.1132-1 du Code du Travail.

Salarié, tout candidat à un emploi, un stage ou une période de formation en entreprise est protégé par la loi contre les discriminations à l’embauche et au travail. Le Code du Travail (art. L.1132-1) interdit toute distinction entre salariés fondée notamment sur :

 Le Code du Travail (art. L.1132-1) interdit toute distinction entre salariés fondée notamment sur :

  • l’origine ;
  • le sexe ;
  • les mœurs ;
  • l’orientation sexuelle ;
  • l’identité de genre;
  • l’âge ;
  • la situation de famille ;
  • l’état de grossesse ;
  • les caractéristiques génétiques ;
  • l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race ;
  • les opinions politiques ;
  • les activités syndicales ou mutualistes ;
  • les convictions religieuses ;
  • l’apparence physique ;
  • le nom de famille ;
  • le lieu de résidence ;
  • l’état de santé ;
  • le handicap;
  • la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur.
  • la perte d’autonomie
  • la capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français
  • la domiciliation bancaire

Dès lors, aucun de ces motifs ne peut être retenu pour écarter une personne d’une procédure de recrutement (ou de l’accès à un stage ou à une formation) mais également pour sanctionner, licencier ou décider d’une mesure discriminatoire contre un salarié.

Pourquoi ces questions sont-elles posées ?

Dans beaucoup de cas le.la recruteur.se ne fait pas cela dans le but de discriminer. Un entretien d’embauche est avant tout un échange. Outre tes compétences, c’est aussi un moyen d’en apprendre davantage sur toi, sur ce qui t’anime, qui tu es. Ce qui peut très vite générer une question maladroite. On pourrait comparer cela à une conversation lors d’une banale rencontre « tu as des enfants ? » « bel accent, tu es de quelle origine ? ». Cela arrive surtout lorsque le.la recruteur.se n’a pas préparé son entretien. 

Malheureusement, d’autres recruteurs.ses se permettent de poser ces questions sous couvert de la bienveillance afin de savoir dans quelle catégorie mettre le.la candidat.e.

La question sur l’origine peut être une façon pour le.la recruteur.se de t’écarter du processus de recrutement en fonction de stéréotypes encore malheureusement trop ancrées dans notre société. Par exemple « les noirs sont lents » « les arabes sont des voleurs/arnaqueurs », ce qui est bien évidemment totalement absurde.

Une autre question est régulièrement posée : êtes vous célibataire ? Cette question est souvent posée dans le but de savoir si tu es flexible ou non. D’après certains recruteurs.ses le fait d’être célibataire renvoie l’image d’une personne plus disponible pour faire des heures supplémentaires ou effectuer  éventuellement des  déplacements. Comme si être célibataire te rendait totalement disponible pour le travail et que tu n’as donc aucun impératif dans ta vie perso.

Et le meilleur pour la fin (ou surtout le pire), une question encore TROP souvent posée aux femmes : avez-vous des enfants ou prévoyez-vous d’en avoir ? Derrière cette question se cache souvent une peur des absences répétées, des arrêts maladie pour garder l’enfant malade, du congé maternité/parental d’éducation. La femme est encore à ce jour considérée comme l’unique parent s’occupant des enfants dans le foyer, il/elle en déduira donc que ce soit elle qui s’absentera en cas de problème/maladie de son enfant.

Que faire en cas de discrimination à l’embauche ?

Être confronté.e lors d’un entretien d’embauche à des questions discriminantes peut être déstabilisant.

La décision à prendre dans ce cas là appartient à toi seul.e. Elle dépend bien entendu de tes envies et aspirations, mais aussi de ta situation personnelle et des tes éventuelles contraintes.

C’est pourquoi nous trouvons inutile de te donner des solutions toutes faites. À la place, il nous a semblé plus sage de te concocter une petite liste de questions à te poser à toi-même. 

  1. Ai-je un besoin urgent de trouver du travail ?
  2. Que va m’apporter le poste ou l’entreprise ?
  3. La question posée a-t-elle un rapport avec ma situation actuelle ?
  4. Ai-je envie d’entamer un dialogue sur le sujet avec le recruteur…
  5. où plutôt des démarches juridiques ?

N’hésites pas à poser tes réponses par écrit, à faire des listes en tous genres. Si cela t’es possible, en discuter avec une personne en qui tu as confiance est utile. Cela aide à faire le tri et peut permettre d’entrevoir d’autres solutions ou même de voir les choses d’une autre façon.

On espère que ces quelques questions te permettront de décider comment réagir face à ta situation de discrimination à l’embauche. Une dernière suggestion avant de partir : pourquoi ne pas te poser les deux premières questions avant ton entretien d’embauche ?

Alice Grenon et Emmanuelle K.
Alice Grenon et Emmanuelle K.

Alice écrit depuis toujours et travaille dans la rédaction de contenus depuis 2013. Pour DBSP, elle conseille l'équipe de rédaction - et écrit, parfois -.

« Tu suces après la sodomie ? »

"Tu suces après la sodomie ?"

Ce mois-ci, on a discuté avec Valentine et Julia. Elles ont 24 ans et 26 ans, elles sont peintre en bâtiment et ingénieure et exercent ce que beaucoup considèrent encore « des métiers d’hommes ».

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle compte « faire » de sa vie, Valentine opte pour une troisième professionnelle qui lui permet de découvrir tous les métiers du bâtiment. Trois ans plus tard, elle passe un bac professionnel Aménagement et finition du bâtiment. « Avec ce bac, tu es censé.e pouvoir gérer 10 à 20 salarié.e.s : des plaquistes, des peintres, des carreleur.euse.s. Tu gères tout : les revêtements muraux, les sols, les plafonds. Tout, sauf la plomberie et l’électricité. », précise-t-elle.

" te mets pas à quatre pattes, c'est comme ça qu'on tombe enceinte. "

« On était la première année où on était beaucoup de meufs dans la promo : 4 filles pour 13 garçons environ. Les remarques sexistes, ça a commencé en stage. Mes deux premiers stages ne se sont pas bien passés. Déjà à l’embauche, quand t’appelles et que t’es une femme, on te fait passer un entretien, alors que les mecs c’est juste : « OK, vous êtes pris en stage ». Moi, j’adore la mode, j’adore me maquiller, donc je me présentais en entretien maquillée et bien habillée. Des remarques sexistes, oui, j’en ai eu beaucoup. », raconte-t-elle. « En première, je n’ai même pas fini mon stage. T’es là, t’es mal à l’aise, on te regarde… On me disait : « fais des plinthes ». Je faisais des plinthes. Pourquoi ? Parce que quand tu fais des plinthes, tu te mets à quatre pattes. Et derrière, on me disait : « Te mets pas à quatre pattes, c’est comme ça qu’on tombe enceinte. » »

À l’époque, Valentine a 16 ans. « Je n’étais pas armée pour faire face à ça. » confie-t-elle. « Dans ce métier-là, il faut constamment faire ses preuves. J’ai parfois dû montrer à mes collègues que je pouvais monter des charges de 15 à 20 kilos au deuxième étage, alors que j’aurais simplement pu demander de l’aide. Mais je devais faire mes preuves, parce que j’étais la fille. Maintenant, on me laisse tranquille. Les gens savent que je travaille bien. Je fais de la manutention seule, je peins des plafonds seule, je monte des échafaudages seule. »

À 18 ans, diplômée, elle se met à son compte. « Après ça, heureusement, j’ai fait un autre stage, avec un super patron, ça s’est très bien passé. Mais j’ai décidé que je ne travaillerais plus jamais pour personne. »

" T'es toute seule ici, on est DIX pélos. "

Sur les chantiers, il faut parfois gérer les hommes, les insultes et les violences sexistes. « Un collègue m’a sorti un jour : « Tu suces après la sodomie ? » Comme ça, sur un chantier. », se rappelle Valentine. « Le pire, ça a été avec un plombier. J’étais à genoux, par terre, en train de faire mes bas de murs et je sentais qu’il me regardait, qu’il était insistant. Moi, j’ai une grande gueule. Je lui ai dit : « T’as pas de travail à faire ? » Et là, le mec me répond : « T’es une femme, t’es toute seule ici, on est dix pélos. Tu vas faire quoi ? » », raconte-t-elle, avant de préciser : « Mon métier, je l’adore. Mais je ne suis pas capable de bosser sur de gros chantiers, de grosses résidences, où il y a 80 bonhommes. Là-bas, quand t’arrives, t’es une bête de foire. Tu peux être sûre que ça va essayer de trouver mon compte Facebook pour m’envoyer des messages. 

Valentine se sert de TikTok et Instagram pour faire connaître son travail et, pourquoi pas, inspirer d’autres femmes. « Aujourd’hui, je veux montrer aux gens que oui, je suis peintre, j’adore mon métier et, surtout, je réussis. Moi, je ne me laisse pas faire, j’ai une grande gueule. Et je me blinde. Après, ça fait sept ans que je bosse, et je vois que les mentalités changent. Vraiment, c’est en train de changer. »

" T'es qu'une femme "

Selon les données de la Fédération française du bâtiment, les femmes ne représentent que 12 % des effectifs dans ce secteur. Mais la sous-représentation des femmes et la difficulté pour celles-ci à évoluer sur les chantiers ne lui sont pas propres. Elles ne dépendent pas non plus du niveau d’études.

Julia a 26 ans, elle est ingénieure en mécanique industrielle. Pendant ses études aux Arts et Métiers, elle constate que bien peu de femmes sont inscrites dans la prestigieuse école d’ingénieur.e.s. Elle s’engage alors avec l’association « Elles bougent » et intervient dans des lycées pour présenter sa formation et inciter les filles à s’y intéresser.

Aujourd’hui, Julia est salariée et travaille dans l’aéronautique. Elle se rappelle d’une expérience en stage, dans l’automobile : « Un mec m’avait dit texto : « Ouais, toi t’es ingénieure de rien du tout, t’es qu’une femme » Ça m’avait vraiment choquée, je me souviens que j’avais fini en pleurs dans le bureau du chef d’équipe. C’était vraiment horrible. J’avais eu peur, en fait. Rien que d’en reparler, là, ça me secoue un peu. Et au final, j’ai appris un an plus tard que le mec avait été viré pour violences. Depuis, je n’ai pas été embêtée. Je ne dirais pas qu’il n’y a rien, des fois il y en a qui font des petites blagues, moi j’ai pris le parti de ne pas y faire attention. De ne juste pas réagir, en fait. »

Récits : Episode #1 – Vaste chantier

Malgré la musique qui le berce dans son trajet quotidien, ce matin il n’a pas pu s’empêcher de remarquer tous les regards portés sur sa jeune voisine de trajet.

Episode 1 - Vaste chantier

Ce récit fait partie d’une suite de micro-romans imaginés par Guy Turner pour vous inviter à repenser la déconstruction et les raccourcis sexistes que nous pouvons observer dans des réflexions quotidiennes.

Il est 7h30 et alors que la ville se réveille doucement, Rémi, comme tous, se rend sur son lieu de travail. Malgré la musique qui le berce dans son trajet quotidien, ce matin il n’a pas pu s’empêcher de remarquer tous les regards portés sur sa jeune voisine de trajet. Après 5 stations de métro il avait arrêté de compter tant l’exercice et ce qu’il observait le désespérait. 

Et alors qu’il arrivait sur le chantier, Rémi se demandait pourquoi il n’avait rien fait, pourquoi il avait regardé l’air de rien comme tous les autres. Il s’était rendu compte après coup (comme toujours) à quel point l’inaction parvenait à ancrer ces moments comme quelque chose de banal dans la conscience collective.  

Rémi venait d’être embauché en tant que conducteur de travaux sur un gros chantier de rénovation de bureaux dans Paris. Il sortait des études et pour lui le chantier était avant tout ce lieu extraordinaire, d’invention et de prouesse technique, au sein duquel l’intelligence collective était mise à contribution pour faire grandir la ville. En bref, il était jeune et naïf, et dans cet acte de naïveté il n’avait bien entendu jamais conceptualisé la réalité humaine et sociale d’un chantier.

Il est 8h et Rémi fait son arrivée dans les bureaux de chantier. Dans sa mission il va bosser avec Laetitia, conductrice de travaux principale, sous la gouvernance de Jean-François directeur de travaux sur le projet. 

Tout le monde est au café lorsque Rémi arrive dans la « salle de réunion ».

_ Bonjour tout le monde, je suis Rémi le nouveau conduc’

[ … ]

_ On ne t’a pas dit que les nouveaux arrivants apportaient les croissants ? 

Confus, Rémi ne sait plus où se mettre, et alors qu’il envisage de rebrousser chemin pour trouver la boulangerie la plus proche, Laetitia coupe court :

_ Hahaha, merci Anthony pour cet accueil chaleureux. Tu veux un café ? … Rémi c’est ça ? 

_ Euh… oui, merci, je veux bien 

_ Bon, moi je vais bosser ! c’est pas le tout de siroter des cafés dans les bureaux mais on a du béton à couler. S’empressa de grogner Anthony. 

Rémi avait vite compris qu’il s’agissait du chef de chantier, titre honorifique qui prenait ici tout son sens tant le bonhomme se donnait des airs de général. 

Tâchant de faire fi de ces débuts musclés, Rémi but rapidement son café en faisant bien attention de ne pas avoir l’air de le « siroter ». Il ne voulait pas faire de vagues, il était là pour observer et apprendre.

Derrière ce rire jaune, qui sonnait comme un cri étouffé dans un coussin, Laetitia semblait quant à elle extrêmement bienveillante et chaleureuse. Peut-être même trop se dit Rémi sur le coup, se reprochant immédiatement la tristesse d’une telle pensée. Comment pouvait-on être trop bienveillant ? Rémi comprit rapidement que pour se faire une place dans le monde du chantier, la bienveillance n’était pas toujours de mise. D’autant plus lorsque l’on est une femme. 

Laetitia portait les cheveux courts, à la garçonne comme le disait cette affreuse expression genrée, et contrairement à beaucoup d’autres femmes chez qui cette longueur pouvait être remarquablement belle, chez elle Rémi avait le sentiment qu’elle n’était que le reflet d’un certain mal-être.  Il comprendrait plus tard que cette coupe de cheveux n’était que la partie émergée de l’iceberg.

_ Rémi, je te laisse prendre tes marques dans les bureaux et on se retrouve dans 30 minutes je dois aider Jean-François à prendre en main la plateforme de gestion documentaire. Il est nouveau lui aussi.

_ Ok, ça roule pour moi, merci Laetitia

Rémi n’avait rien montré de son étonnement. Il pensait que Jean-François était depuis longtemps dans la boutique étant donné le poste qu’il occupait pour son jeune âge. Proche de celui de Laetitia aurait-il parié. Il savait également que Laetitia, elle, travaillait depuis presque 10 ans dans l’entreprise et pourtant elle n’avait pas encore eu de chantier sous sa direction. 

Alors que Rémi s’installait tranquillement sur ce qui semblait être son poste de travail, entre le photocopieur et le calendrier délavé de Clara Morgane, Anthony déboula furibond dans les locaux. Il semblait pris de court, Rémi était inquiet et s’empressa de demander :

_ Tout va bien ? Un accident ? 

_ Mais non le bleu ! Pire, une visite surprise de la direction !! Ils sont là dans 20 minutes.

… une visite surprise ? Rémi se retint à nouveau, cette fois-ci de rire, il venait de retomber au collège et on lui collait une interro surprise dès le premier jour. Quelle veine !

En plus de la surprise et de l’amusement que provoquaient chez lui la vision d’Anthony, qui, quelques minutes auparavant faisait étalage de la panoplie complète du gros dur, se transformer soudainement en petit élève anxieux ; l’incompréhension le saisissait. 

Sans plus de temps pour comprendre les travers psychologiques qui auraient pu expliquer un tel revirement de comportement, Laetitia fit son entrée dans les bureaux. Donnant rapidement (vaguement ?)  l’impression à Rémi d’une mère qui s’occupait de son enfant terrible. 

S’ensuivit un rapide tour de chantier pour effectuer les dernières vérifications avant l’arrivée de l’archange Gabriel et de sa kyrielle de sbires. Juste le temps pour Rémi de réaliser à nouveau le peu de considération que portaient certains ouvriers de chantier aux femmes, l’amenant à constater que pour les mêmes consignes – les siennes, illustre inconnu et petit nouveau du chantier, mais homme, et celles de Laetitia – les résultats obtenus étaient loin d’être les mêmes.

Mais elle avait l’habitude de ne plus obtenir gain de cause, et le fait qu’on ne l’écoute pas devenait petit à petit quelque chose de normal pour elle. 

Là encore, Rémi n’avait pas une seconde pour y réfléchir davantage, et au moment où ils rejoignaient Anthony à l’entrée du chantier, M. Dumont et sa clique arrivaient tout juste. 

La petite troupe d’une quinzaine de personne ne respirait pas vraiment la diversité, et Rémi s’était imaginé un remake pour jeunes retraités de « Matrix » croyant voir, de loin, l’agent Smith et ses copains à la recherche de Néo qui se serait égaré sur leur chantier. Douze hommes, blancs, costards, cravates, 4 rouges, 5 noirs, 3 grises (pour les cravates), tous entre 55 et 65 ans. 

_ Bonjour ma petite… Lorraine !?

_ Laetitia monsieur.

_ Ah oui, Laetitia, pourrait-on commencer par un petit café avant de faire le tour ? lui demanda-t-il, accompagnant le geste à la parole, la main posée « amicalement » sur le bas de son dos… Elle se raidit si fort, que sa réponse ne vint qu’après un court moment. 

_ Euh, oui bien sûr, les bureaux sont par ici je vous laisse me suivre.

Voilà qui n’aiderai pas Laetitia dans sa quête de confiance en elle, se disait Rémi qui commençait à développer une certaine tristesse personnelle pour elle.

_ Ahhh, le voilà, le « grand » Jean-François, comment vas-tu ?? s’écria M. Dumont. 

L’accolade joviale laissait supposer qu’ils se connaissaient bien, même si ce jeu de familiarité semblait être un stratagème classique des classes dirigeantes (que l’on retrouvait également chez les politiques) pour feindre une proximité avec leurs salariés, jusqu’aux « simples » ouvriers, et une attention spéciale à leurs conditions de travail. De son point de vue Rémi trouvait l’exercice quelque peu grotesque tant il manquait de sincérité.

_ Bien Monsieur Dumont, merci !

_ Comment va ton papa ? Tu lui passeras le bonjour de ma part !

Voilà qui rendait les choses un peu plus claires pour Rémi, il était évident qu’une telle organisation patriarcale ne se mettait pas en place d’elle-même ou par le hasard de quelques embauches. Il fallait pour cela la maintenir et l’entretenir depuis le haut. 

A mesure que la visite avançait, Rémi eut plus de temps pour réfléchir, derrière le cortège des chefs à plumes. Il avait beaucoup lu au cours de ses études sur l’histoire de la construction, et le chantier qu’il avait devant lui semblait inlassablement le renvoyer au constat d’un monde figé dans ses habitudes, dans ses pratiques et dans ses rapports humains. Le béton avait plus de 100 ans et les progrès technologiques avaient donné lieu à de grandes découvertes, pourtant ce chantier, comme les autres, avait quelque chose de quasi ancestral. « Pourquoi faire différemment ? on a toujours fait comme ça ! » était une phrase qu’il s’apprêtait à entendre beaucoup, hélas. Une phrase qu’il pourrait entendre dans la bouche de M. Dumont si un jour son comportement à l’égard des femmes était questionné… 

À la fin de cette première journée, alors que ce constat résonnait encore fortement dans son esprit, Rémi se dit que tout compte fait … il y avait davantage à déconstruire qu’à construire sur ces chantiers. 

Guy T.

Guy T.

Citations sexistes : on contre les plus mysogines !

Et si on cherchait à contrer les phrases sexistes qu’on a pu lire ou entendre ?

CITATIONS SUR LA FEMME : ON CONTRE LES PLUS MYSOGINES !

« Les femmes n’incarnent pas le pouvoir » 

Eric Zemmour, 11 septembre 2021 / France 2

Alors, pardon Eric, mais là dessus il semble que tu te sois mis le doigt assez profondément dans l’œil.

Depuis 1800, il y a quand même quelques cheffes d’État dans le monde.

Et pas besoin d’aller loin pour voir que leurs politiques sont appréciées. Nos voisins les allemands viennent de virer le parti de Merkel du pouvoir… Un lien avec le départ de la chancelière après 15 ans au pouvoir, peut-être ?

Et pour des preuves plus pragmatiques, il y a ce passionnant article d’Ali Kinaze qui fait un point très documenté sur les différences hommes – femmes dans le domaine du leadership.
Extrait : « Selon les recherches académiques, il y aurait très peu de différences entre les habiletés innées des hommes et des femmes pour le leadership (Van Engen, van der Leenden & Willemsen, 2001; Oakley 2000), ou du moins l’importance de ces différences serait minime (Powell, 1990). ».

« C’est l’absence des femmes qui permet aux hommes d’aborder journellement les questions sérieuses. ».

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Améliorations à introduire dans nos mœurs et nos habitudes parlementaires (1856)

On le sait, notre cher Louis-Napoléon s’est lourdement trompé sur 2 – 3 détails, comme Waterloo ou la campagne de Russie. Et visiblement aussi sur le fait d’intégrer les femmes dans les processus de prise de décision.

Exemple récent et confirmé par une étude de Supriya Garikipati et Uma Kambhampati en juin 2020, les pays dirigés par des femmes ont mieux géré la crise sanitaire.

Autre information pour faire palir Bonaparte, cette étude de 2019 de l’agence de notation Standard & Poor’s qui conclut – entre autres – que « les entreprises dont le directeur financier est une femme sont plus rentables et ont généré des bénéfices excédentaires de 1,8 milliard de dollars sur la période étudiée ». Cette étude et d’autres sont discutées en français dans cet article du média indépendant Le Devoir. 

« Le progrès, c’est de permettre aux femmes de rester à la maison. »

Marine Le Pen, lors de la campagne présidentielle de 2012

Alors Marine franchement… Déjà dans ce cas, incarne ta vision du progrès et restes-y toi, à la maison.

Mais passons au concret. Selon quelques faits et chiffres publiés par ONU Femmes sur le sujet de l’autonomisation économique des femmes… On a tous plutôt intérêt à ce qu’encore plus de femmes rejoignent le marché du travail.
En effet, si la part de femmes actives ne progresse pas, l’Europe pourrait manquer de 24 millions de travailleurs d’ici 2030 ! D’autres infos et arguments passionnants pour contrer Marine, lisez l’article. 

« Il n’y a pas de génies féminins, mon cher. Les femmes forment un sexe purement décoratif. Elles n’ont jamais rien à dire, mais elles le disent d’une façon charmante. »

Oscar Wilde – 1891

Allez Oscar, on te fait une petite liste de femmes qui ont dit des trucs intéressants – et probablement aussi d’une façon charmante :

  • Rosalind Franklin a largement contribué à montrer la structure à double hélice de l’ADN. Et aussi sur l’ARN… ouais ouais, les vaccins ARN messagers tout ça, elle a aidé.

  • Hedy Lamarr a juste co-inventé avec George Antheil la technologie de codage des transmissions du spectre, sur lesquelles sont basées le Wifi, le Bluetooth. 
  • Nettie Stevens a checké la première que le sexe d’un individu était déterminé par les chromosomes X et Y
  • Sophie Germain vous embête encore à l’école avec ses nombres premiers

Si vous en voulez encore ? Plongez-vous dans cet article du National Géographic qui fait un petit tour des femmes génies oubliées par l’histoire et en profite pour rappeler que celles-ci « ont, bien souvent, travaillé dans l’ombre d’un homme célèbre.”


On espère que cette petite mise au point vous a été utile et on vous quitte sur une petite citation misandre pour rééquilibrer un peu !

 « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »

Françoise Giroud, Le Monde du 11 mars 1983

Le 8 mars n’est pas la fête de la femme

Malgré les années qui passent et l’avancée dans les luttes féministes, ce 8 mars 2021, je constate qu’on doit encore expliquer ce qu’est cette journée.

le 8 mars n'est pas "la fête de la femme"

Malgré les années qui passent et l’avancée dans les luttes féministes, ce 8 mars 2021, je constate qu’on doit encore expliquer ce qu’est cette journée.

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